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Impact de la sécheresse 2026 sur la filière équine normande : anticiper le manque de fourrage

Actualités Publié le 27 août 2026

Après un printemps favorable à la pousse de l’herbe, l’été 2026 est marqué par une succession de vagues de chaleur et une sécheresse intense. Cette situation fragilise les prairies normandes et fait craindre des tensions importantes sur les stocks de fourrage pour les mois à venir. Pour les structures équines, l’enjeu est désormais d’anticiper.

Une situation préoccupante pour les stocks de foin

L’été 2026 est marqué par une succession de canicules et une sécheresse intense, qui affectent fortement la végétation, les sols et les récoltes. Le début du printemps avait pourtant été favorable à la pousse de l’herbe grâce à des précipitations régulières. Mais depuis le début de l’été, la situation s’est fortement dégradée.

En Normandie, la situation est préoccupante. Le problème ne concerne pas seulement les quantités de foin récoltées en 2026 : il réside surtout dans le décalage qui se creuse entre les stocks disponibles et les besoins à venir.

Dès le mois de juin, les premières alertes faisaient état d’une herbe qui « grille » sous l’effet de la chaleur et du manque d’eau. En juillet, les acteurs agricoles normands constataient l’arrêt de la pousse et les difficultés à constituer les stocks nécessaires pour l’hiver.

Les données nationales publiées par Agreste permettent de mesurer l’ampleur du phénomène. Au 31 juillet, la pousse cumulée des prairies permanentes était inférieure de 30 % à la moyenne 1989-2018. Au 10 août, le déficit atteignait environ un tiers.

Pour les structures équines, cette situation se traduit concrètement par :

Les structures équines qui dépendent d’achats extérieurs pour tout ou partie de leur alimentation sont particulièrement exposées à cette situation. Lorsque la disponibilité du foin diminue, elles sont directement confrontées aux tensions du marché et à l’évolution des prix.

Cette situation rappelle également l’importance de connaître précisément son niveau d’autonomie fourragère et d’anticiper ses besoins plusieurs mois à l’avance.

Quel risque pour l’hiver 2026-2027 ?

L’hiver pourrait être particulièrement tendu pour les structures qui disposent aujourd’hui de stocks insuffisants.

La situation dépendra en grande partie de la pluviométrie des prochaines semaines. Un retour des pluies pourrait permettre une reprise de la pousse et offrir des possibilités de pâturage ou de récolte à l’automne. Mais cette reprise ne permettra pas nécessairement de rattraper l’ensemble du déficit accumulé depuis le printemps. Deux risques sont particulièrement à surveiller :

Un risque sur la quantité disponible

Une production fourragère réduite entraîne mécaniquement une diminution des volumes disponibles sur le marché. Si la demande reste forte, cette situation peut provoquer des tensions sur l’approvisionnement et une augmentation des prix.

Un risque sur la qualité

Lorsque les achats doivent être réalisés dans l’urgence, les possibilités de choisir son fournisseur, l’origine du fourrage ou ses caractéristiques peuvent être plus limitées.

Or, tous les foins ne se valent pas. Leur valeur alimentaire dépend notamment de leur composition et de leur stade de récolte. En cas de changement de fourrage, une analyse peut donc être particulièrement utile pour connaître sa valeur alimentaire et adapter la ration des chevaux.

Quelles solutions pour faire face au manque de foin ?

Face à cette situation, l’anticipation est essentielle. Plusieurs leviers peuvent être mobilisés.

1. Faire dès maintenant son bilan fourrager

Avant d’acheter dans l’urgence, chaque structure doit évaluer précisément ses besoins et ses ressources :

L’objectif est de raisonner en tonnes et en mois d’autonomie plutôt qu’en nombre de bottes.

Ce bilan permet de déterminer rapidement si la structure sera déficitaire et, le cas échéant, d’anticiper ses achats.

2. Anticiper les achats et favoriser la mutualisation

Les structures qui savent qu’elles seront déficitaires doivent éviter d’attendre l’hiver pour rechercher du foin.

Il est conseillé dès maintenant de :

  • identifier les fournisseurs potentiels ;
  • sécuriser les volumes nécessaires ;
  • rechercher des sources d’approvisionnement dans d’autres territoires ;
  • et, lorsque cela est possible, mutualiser les achats entre structures.

Plusieurs initiatives existent déjà en Normandie pour faciliter la mise en relation entre détenteurs et demandeurs de fourrages.

Des bourses aux fourrages ont notamment été mises en place dans l’Orne, l’Eure et le Calvados par les Chambres d’agriculture de Normandie.

Dans la Manche, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs ont également lancé Connect’Fourrages 50, une plateforme destinée à mettre en relation les agriculteurs disposant de fourrages avec ceux qui en recherchent.

Ces dispositifs peuvent constituer des pistes intéressantes pour les structures équines confrontées à un déficit de fourrage.

3. Faire le bilan des prairies à l’automne

Le retour des pluies permettra d’observer la capacité des prairies à repartir après le stress thermique et hydrique subi durant l’été.

Un bilan des prairies à l’automne permettra d’identifier les parcelles qui ont suffisamment récupéré et celles qui nécessitent une intervention, par exemple un sursemis ou un ressemis, en fonction de l’état des sols, des besoins de l’exploitation et de la réglementation en vigueur.

Cette étape est importante pour ne pas seulement gérer l’urgence de 2026, mais aussi préparer les années suivantes.

4. Valoriser les ressources fourragères disponibles

Plusieurs leviers peuvent être envisagés pour compléter les ressources disponibles : valorisation des repousses d’automne, adaptation du pâturage, pâturage tournant ou encore mobilisation de certaines surfaces disponibles, dans le respect de la réglementation.

Compte tenu de la sécheresse et des canicules de cette année, la valorisation exceptionnelle des jachères a notamment été autorisée dans plusieurs départements normands.

Dans l’Eure, le Calvados et la Seine-Maritime, cette possibilité est ouverte depuis le 8 août 2026. Elle concerne l’ensemble des exploitants, y compris les non-éleveurs. Dans l’Orne, la mesure est applicable depuis le 14 août 2026.

Pour une structure équine, ces surfaces peuvent constituer une ressource complémentaire, sous réserve de vérifier leur adéquation avec les besoins des chevaux et de respecter les conditions réglementaires applicables.

5. Adapter les pratiques et raisonner l’alimentation

Le manque de foin ne doit pas conduire à remplacer simplement le fourrage par des céréales ou des aliments concentrés.

Le cheval reste un herbivore dont la ration doit conserver une quantité suffisante de fibres. En cas de changement de fourrage ou de diminution des quantités disponibles, l’adaptation de la ration doit être raisonnée en fonction des besoins des chevaux et, si nécessaire, avec l’accompagnement d’un professionnel de l’alimentation équine ou d’un vétérinaire.

La qualité du fourrage doit également être prise en compte. Lorsqu’un foin provenant d’un autre secteur est acheté, une analyse peut permettre d’en connaître les caractéristiques et d’adapter la ration en conséquence.

Anticiper aujourd’hui pour mieux préparer demain

La sécheresse de 2026 rappelle à quel point l’accès à une ressource fourragère suffisante et de qualité est un enjeu stratégique pour les structures équines.

La difficulté aujourd’hui n’est pas seulement de savoir si les chevaux auront suffisamment de foin cet hiver. C’est aussi de savoir à quel prix et avec quelle qualité nous pourrons leur en fournir. L’enjeu est donc d’anticiper maintenant, plutôt que d’attendre que les tensions sur le marché soient installées.

Au-delà de la gestion de l’urgence, cet épisode climatique doit également nous conduire à réfléchir à l’adaptation des structures équines sur le long terme : autonomie fourragère, gestion durable des prairies, diversité des ressources alimentaires, adaptation des pratiques et sécurisation des approvisionnements.

Le changement climatique n’est plus un enjeu lointain pour la filière équine : il se traduit aujourd’hui très concrètement dans les prairies et dans les stocks de fourrage.

Dans ce contexte, s’engager dans des démarches environnementales et de bien-être animal comme le label EquuRES permet également aux structures de prendre du recul sur leurs pratiques, d’identifier leurs marges de progrès et de mettre en place, dans la durée, des solutions plus durables et résilientes face aux évolutions climatiques.